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Religion, société, migration en Corée

Acts of Faith: Explaining the Human Side of Religion

Rodney Stark , Roger Finke

Editeur : University of California Press

Publié le 7 aout 2000

Auteurs

Roger Finke
Professeur de Sociologie et d'Etudes sur la religion à l'université de l'Etat de Pennsylvanie, directeur de l'Association des archives sur la religion, président de l'Association pour la sociologie des religions.

Rodney Stark
Sociologue des religions, professeur en sciences sociales à Waco au Texas, co-directeur de l'Institut des études sur la religion, éditeur du Journal interdisciplinaire de la recherche sur la religion.


Publications :

For the Glory of God : How Monothéism Led to Reformations, Science, Witch-Hunts, and the End of Slavery ; 2003
The Victory of Reason : How Christianity Led to Freedom, Capitalism, and Western Success 2005
The Triumph of Christianity : How the Jesus Movement Became the World's Largest Religion ; 2001

Analyse

La théorie principale de ce livre est de démontrer que le comportement religieux se conforme au model économique de l’offre et de la demande, participant à un schéma rationnel. Les religions vendent des produits, évoluent dans un marché d’offres et se pratiquent à un certain coût. La balance entre les bénéfices et le cout explique alors pourquoi certaines personnes choisissent une religion plutôt qu’une autre. L’industrialisation n’est plus un frein comme elle permet un libre marché des religions et donc une plus grande participation des croyants qui peuvent choisir laquelle leur plait le plus.


Premièrement, les auteurs expliquent que la croyance religieuse est un choix rationnel, en vu des bénéfices et des coûts liés aux participations d’un culte. Ils avancent que pour la plupart des cas, les bénéfices l’emportent sur les coûts, sinon les croyants ne choisiraient pas leur religion. On peut donc conclure que toutes ces actions sont rationnelles. Je pense que cet argument n’est pas valide. Ils confondent la participation à un culte avec le principe même de la foi, et ses pré-requis. D’ailleurs, ils écartent totalement la foi du débat, ce qui est assez paradoxal car ce terme apparait dans le titre de l’œuvre. On ne peut pas traiter la religion comme une simple théorie, que l’on peut valider ou non, car elle repose fondamentalement sur la foi, sur le fait de croire, et ce sentiment ne peut être créé de toute pièce. Il n’y a des avantages à adhérer à une certaine religion, comme le salut après la mort, par exemple, que si l’on y croit.

Peut-on alors affirmer que le sentiment religieux est purement rationnel ?


Pour répondre à cette question, il faudrait analyser la nature même du terme « rationnel ». Ici, il est limité à une vision très économique et pragmatique. Son sens est réduit pour simplifier la théorie des auteurs, pour qu’elle apparaisse alors comme raisonnable. Les auteurs ne prennent pas en compte le fait que pour une majorité de personnes, le caractère propre à la religion est d’être irrationnel, car il comprend le fait de croire aveuglement à des choses sans évidences. Ici, on ne prend pas en compte ce concept de la rationalité.


La seconde notion abordée est l’idée que la participation religieuse est sujette au marché de la demande et de l’offre, les croyants opérant donc une sorte de stratégie religieuse permettant d’analyser les avantages et inconvénients des différentes religions et ce que peuvent leur apporter leurs activités religieuses. Les couts se traduisent par l’effort engagé, le capital humain investi, la séparation demandée avec la société, le célibat, les donations, l’engagement culturel etc. Les bénéfices quant à eux, touchent à l’aspect spirituel de la croyance : une récompense après la mort, la satisfaction de bien faire, et d’autres choses dépendant des religions. Il existe deux catégories de groupe religieux, ceux à « tension basse » qui demandent peu de « coûts » et enfin ceux à « haute tension » qui en demandent beaucoup. La majorité de personnes semblent préférer appartenir à une catégorie médium, qui demande des sacrifices mais pas trop, et qui se distance de la société, mais pas trop non plus. Il n’y a pas vraiment d’explications sur le pourquoi de ce choix, bien que l’on puisse penser qu’il s’agisse du choix « moyen » et donc général.

Une troisième idée est qu’un marché religieux libre engendre une plus grande participation religieuse. En cela, les Etats-Unis sont le premier exemple d’un marché de la religion complètement libre. Il a donc le plus haut niveau de participation. Les pays avec des religions étatiques ou hégémoniques ont alors des taux très faibles de participation. On peut le voir par exemple en Europe. Les auteurs vont alors essayer de faire des révélations sur la répression européenne des témoins de Jehovas ou encore des pentecôtistes. Pour conclure, cette compétition de marché engendre des ajustements de certaines religions pour être plus compétitrices. Plus il y a de religions, plus les personnes concernées sont susceptibles d’en trouver une qui sied à leur goût. Je trouve cette logique douteuse. Encore une fois, on partirait du présupposé que le monde entier est croyant, et qu’il suffirait alors de choisir une religion-produit dont le goût plairait à notre palais délicat. C’est encore une fois oublier que la foi n’est pas un choix logique, et que l’on ne peut pas comparer sa propre religion avec une autre en matière d’avantages, car on la tient pour vérité universelle. Enfin, les pays européens sont certainement plus libres religieusement que certains pays musulmans, peut-on tout de même affirmer qu’il y existe une plus grande participation religieuse ?

Egalement, on trouve l’idée que les préférences religieuses des individus restent les mêmes tout au long de leur vie. On trouve très peu de voyage spirituel et idéologique, ou s’il y’en a, ils sont très courts. D’ailleurs, lorsque des personnes décident de changer de religion, c’est moins parce qu’ils changent de croyance que parce qu’une autre église répond mieux à leurs préférences déjà bien encrées. Ils changeraient donc pour plus d’avantages, mais également pour ne pas faire d’efforts, et ne pas perdre ceux déjà engagés. Encore une fois, je trouve que ce point n’a pas vraiment de sens, je me demande même pourquoi avoir fait l’effort de le théoriser. Si 65% des américains restent dans leur églises pendant des dizaines d’années, ce n’est vraisemblablement pas parce qu’ils n’ont pas envie de faire l’effort d’en changer, mais plutôt parce qu’ils y ont leurs habitudes, leurs amis, qu’ils appartiennent à un groupe social autant que religieux.

Enfin, les auteurs remettent en question la théorie de la sécularisation. L’industrialisation et le capitalisme, permettant une grande diversité d’offres, entraîneront un rebond des croyances. Ils expliquent que même dans les sociétés avec une participation religieuse assez basse, une grande partie de la population croit tout de même en quelque chose sans appartenir à un culte. Justement, sur ce point, je trouve que cela montre un certain avancement de la sécularisation : Dieu est moins présent dans la société, moins visible, moins actif, donc en soi, moins réel.

Pour conclure, je dirais que la théorie, si c’en est une, est très limitée. Elle peut être prise en compte dans une sphère géographique et idéologique très restreinte, et même là, ses idées pourraient être expliquées bien plus simplement, sans relation avec l’économie. Elle n’est pas cohérente pour certains points et bien qu’au premier abord, elle a l’air d’expliquer clairement quelque chose de très abstrait : la religion, elle complique des principes déjà théorisés. Enfin, il n’y a aucun traitement de la foi, qui est pourtant le fondement de toute religion.

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